Changer de mors : l’effet « kiss-cool »

Lorsque l’on essaie une nouvelle embouchure, les effets – lorsque celle ci est la bonne – sont immédiats, parfois impressionnants. Puis au fil des usages, cet “effet wahou” change, évolue, s’amenuise parfois…

Pourquoi ?

« Kiss Cool, le premier effet il est cool, le deuxième effet il est pas mal non plus », dit la célèbre marque de bonbon. (vous l’avez dans la tête ? de rien !). Et bien les effets d’une nouvelle embouchure pour votre cheval lui font le même effet. Ho et cet article n’est pas valable que pour le bit & bridle fitting mais aussi pour le saddle fitting. Changez “embouchure” par “selle” dans le texte et c’est exactement la même chose.

Je vous explique !

La nouveauté

Ouuuuaiiiiiiis un nouveau mors !

Votre mors ne va pas, il y a quelque chose qui cloche. Votre cheval a parfois des réactions étranges ou il ne donne pas son plein potentiel. C’est décidé, il faut essayer autre chose. Voilà donc qu’un “bit fitter” débarque dans vos écuries avec des pièces de bridon et des embouchures plein les poches. Durant la séance, les choses ne sont pas tout à fait comme d’habitude. Et ça, croyez-le ou non, votre cheval lui le remarque bien.

Il fait la connaissance d’une nouvelle personne (moi hé hé), est observé pendant qu’il travaille (ce qui n’est pas forcément le cas au quotidien), a parfois un public (poke aux copains et copines d’écuries au bord de la carrière) et votre façon de vous comporter vis-à-vis de lui change également. Vous êtes très attentif à ses réactions, ses préférences, sa façon de se mouvoir. Vous l’êtes aussi très certainement habituellement mais durant une consultation, vous l’êtes plus encore (puisque nous cherchons, ensemble, ces variations). Bref, l’environnement est “nouveau”, dans le sens où il n’est pas habituel.

Ensuite – et c’est là le gros morceau – on lui demande un exercice complètement nouveau ! Vous aurez certainement remarqué que votre cheval peut être assez fatigué après mon passage. Cela semble d’ailleurs curieux à certains propriétaires étant donné que les exercices effectués avec chaque mors sont très simples. Déplacement aux 3 allures, un peu de travail latéral, un peu d’incurvation… Rien de bien fou.

Mais ce que vous ne voyez pas et qui demande de l’énergie à votre cheval c’est celle qu’il déploie à comprendre chaque nouvelle embouchure et à s’ajuster à son action. C’est de la fatigue intellectuelle ! Chaque nouveau mors lui demande une certaine analyse. L’encombrement change, la position change, le confort change, l’action change…Et par voie de conséquence, vos actions – qui pourtant vous semblent inchangées dans vos rênes – changent en fait également beaucoup. Et il doit réfléchir à la façon d’y répondre. Pour chaque nouvel outil. Pfiou !

Un exercice difficile !

L’effet de la nouveauté, c’est donc tout ça à la fois. C’est même carrément un biais cognitif, chez nous, humains. On passe aussi peut-être d’un mors vraiment très inadapté à un mors subitement adapté. Ceci peut effectivement transformer l’attitude de votre cheval en quelques foulées. C’est durant cette phase de “ressenti brut” du cheval que l’on peut faire varier, nous ergonomes, les paramètres le plus subtilement et précisément possible car les réponses sont en général très claires.

Passé la séance, votre cheval peut tout aussi bien vous “faire une scène” lorsque vous travaillez avec son ancienne embouchure en attendant la nouvelle… Ne soyez pas fâché contre lui si c’est le cas !

Le second essai

Lorsque vous recevez enfin sa nouvelle embouchure et que vous l’utilisez pour la première fois en séance, c’est comme un second essai. Sauf que dans ce second essai, il n’y a plus de “consultation”. Point de nouveau visage, personne pour lui mettre les mains dans la bouche et lui palper la nuque. La situation n’est pas nouvelle. . Pas de public ou d’observation. Vous êtes en séance avec lui, comme d’hab. Et en plus, vous savez que l’embouchure que vous venez de recevoir peut amener le cheval à être dans cette meilleure attitude ressentie en séance.

Lorsque vous commencez à travailler avec la nouvelle embouchure, il se peut que vous retrouviez “l’effet wouahou” de la première fois. Aussi fort. Ou peut-être un peu moins. Bien, mais sans plus. Ou peut-être pas du tout.

Cette embouchure, il l’a déjà eu dans la bouche, c’est moins surprenant que la première fois. Il va avoir besoin de réfléchir clairement moins longtemps pour trouver une réponse adaptée.

La progression

Passée cette première séance – parfois géniale, parfois un peu moins – on entre clairement dans ce qui est très simplement l’apprentissage. Une nouvelle embouchure et le travail que vous menez avec, c’est un apprentissage.

Et comme tout apprentissage, ça passe par plusieurs phases : progression – stagnation – progression – stagnation…

Durant les premières séances avec la nouvelle embouchure, vous allez généralement enregistrer de bon progrès. La progression dans ce cas de figure est encouragée par un cercle vertueux qui la rend souvent plus fulgurante. En effet, le cheval donne des réponses différentes, que vous encouragez, qui l’encourage à chercher des réponses encore plus adaptées (notamment pour maintenir son confort) que vous encouragez, etc…

Mais, dans l’apprentissage, il y a une autre phase derrière la progression : la stagnation.

L’habituation

Cette phase, je préfère l’appeler “habituation” que “stagnation” lorsque je parle d’embouchures. Pourquoi ? Tout simplement car votre cheval a “terminé” de réfléchir à cette nouveauté qu’il a dans la bouche. Il sait quelles réponses apporter et il s’est mis confortable dessus. C’est une super nouvelle ! Mais seulement côté embouchures.

C’est une bonne nouvelle côté mors, ça c’est certain. Cela signifie que l’embouchure est acceptée, qu’elle fait parti de ce qui est “normal” pour votre cheval. Mais du coup, ça veut aussi dire que, si en parallèle des apprentissages liés au mors, d’autres problèmes non réglés précédemment (et donc, non liés au mors) n’ont pas été “réglés”, ils vont réapparaître à cet instant précis.

Un mors, même qui va très bien, ça ne règle pas tous les problèmes : de posture, d’équitation, d’entraînement, etc… Mais ça vous le savez déjà.

Ça n’est donc pas directement lié au mors. C’est simplement que, votre cheval est moins “obnubilé” par sa bouche et ce qu’il s’y passe. On est très clairement dans ce qui est “évolutif” au niveau de l’ergonomie. Ces singularités liées au temps d’utilisation et à ces phénomènes d’apprentissage en font partie intégrante.

Note :

Je conseille souvent en séance, soit de garder l’ancien mors si celui-ci n’est pas trop “catastrophique”, soit d’avoir un second mors (ça peut être un mors envisagé dans le cadre d’une progression future par exemple), soit une ennasures…Bref, autre chose, pour pouvoir un peu “contrer” cet effet d’habituation. En travaillant quelques temps avec autre chose, lorsque l’on repasse sur l’outil principal on observe généralement une nouvelle progression. En gros ça fait “hooo trop bien c’est nouveau” une seconde fois. Alors que pas du tout. Mais (il y a un mais), ça ne marche pas avec tous les chevaux ! Certains pigent vite l’embrouille. Mais la plupart du temps, ça fonctionne pas mal.

Mais sachez dans tous les cas que seul le changement d’équipement ne peut toujours pas venir à bout de tous les problèmes. Parfois ben c’est juste pas le mors mais autre chose.

Les phases de l’apprentissage

De toute façon ne désespérez pas. Ces phases, valables pour tous les apprentissages s’observent partout, tout le temps : changement de selle, de mors, de coach, de posture… Au début, si tout va bien (oui parce que si le matos/coach/cavalier va pas y’a pas vraiment de phase de progression, du coup) la progression est fulgurante. La période de stagnation peut durer plus ou moins longtemps et parfois même elle est invisible.

C’est parfois frustrant, surtout quand on est très investi pour son cheval et son équitation mais c’est une seule chose surtout : NORMAL. Dîtes vous bien que personne, ni en équitation ni ailleurs, progresse de façon constante et continue, tous les jours, depuis plusieurs années. D’ailleurs, je vous conseille d’aller lire l’article de Eugénie Cottereau, saddle fitter, qui s’intitule “C’est pas grave” et qui rejoint un peu ces derniers propos.

Dîtes vous bien qu’après la stagnation, il y a à nouveau la progression.

L’évolution

Quand votre Ponyta se transforme en Galopa (laissez parler l’enfant des années 90 que je suis…)

Il y a tout de même un cas de figure où, effectivement, la progression ne peut plus se faire ou, du moins, moins bien. Il s’agit tout simplement du besoin de faire évoluer les outils dont nous disposons à cheval. En fonction de notre niveau, du niveau du cheval, son âge, des progrès techniques ou de la recherche de la performance. Votre jeune est devenu grand et sa morphologie a évoluée, votre cheval a repris confiance dans la main et vous souhaitez ajouter plus de précision… Là, en effet, si l’on reste sur une embouchure qui limite la progression, c’est dommage. Pour permettre l’évolution technique, il faut permettre l’évolution des outils.

On est très clairement ici dans cette idée de suivi en ergonomie de l’équitation (et comme dans tous les sports en fait). C’est là tout le sens de la nécessité de l’ergonomie de l’équitation comme service de proximité. Et la raison pour laquelle un ergonome se déplace dans une zone restreinte ! Comment suivre votre évolution et apporter des solutions, même minimes (parce qu’en plus souvent, ça se joue à quelques millimètres de réglage…mais on peut pas les faire par téléphone !) si on est à l’autre bout de la France ?

Bref, ces phénomènes existent et il serait très malhonnête (et faux) de vous dire “Cet équipement va changer votre vie, régler tous vos problèmes et faire de votre cheval un Totillas junior et ce, sans que nous aillons plus jamais besoin de se parler ou se voir”. Hmm, hmm.

Je dirait enfin pour conclure qu’au moindre doute, il ne faut pas hésiter à venir en faire part aux personnes qui vous suivent. Que ce soit votre coach, votre saddle-fitter ou n’importe qui d’autre. C’est très exactement parce qu’on est là pour vous, pour vos chevaux et pour vous suivre où vous allez (dans votre équitation hein !) et que notre intervention ne s’arrête pas à la consultation.

Et du courage 🙂

Auteur : Laetitia

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Cet article a été écrit par Laetitia Ruzzene et appartient au titre des droits d’auteurs au site http://www.bit-fitting.fr. Les textes contenus dans cet article peuvent être réutilisés ou distribués dans la mesure de la mention de son auteur ainsi que de l’origine de l’article (lien URL direct).

3 commentaires sur “Changer de mors : l’effet « kiss-cool »

  1. Et si l’on remplacé l’effet kees cool par l’effet placebo ? La description des « manifestations » ne serait elle pas assez similaire ? Je ne veux pas dire par là que il n’y a pas d’effet bien sûr, mais quand on voit la quantité de vitamines et autre « compléments alimentaires » que beaucoup prennent et font prendre à leur montures, et dont les effets sont aux mieux inexistants, ça remet en cause la capacité d’analyse.

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