L’adaptation de la briderie aussi importante pour les chevaux que celle de la selle : voici pourquoi

Aujourd’hui je vous propose la traduction d’un article de Jochen Shleese paru dans le journal Horsetalk NZ, dont le titre originel est “Bridle fit as important to horses than saddle fitting : here’s why”. Pour celles et ceux qui ne le connaissent pas, JS est un Maître sellier certifié, ergonome équin fondateur de Saddlefit4life et auteur de livres sur le sujet.

Très intéressant, je n’ai pu résister à l’envie de vous le traduire, avec l’aimable autorisation de son auteur. C’est parti !


 » Même si vous vous doutez que votre bridon doit convenir à votre cheval, vous serez surement surpris d’apprendre l’impact qu’un bridon mal ajusté peut avoir sur celui-ci. L’adaptation du bridon doit être considérée aussi importante que celle de la selle pour maintenir confort et performance optimums.

Aucune autre partie de l’anatomie du cheval n’a autant de zones sensibles que la tête. Les modifications récentes apportées à la conception de la briderie pour qu’elle soit plus “anatomique” sont essentielles pour que votre cheval soit à l’aise avec son matériel. Il y a beaucoup de nerfs au niveau de la face et certains naissent exactement à l’endroit où passent le matériel.

Si un bridon est trop serré, toutes sortes de problèmes comportementaux peuvent survenir, incluant un relèvement exagéré de la tête, l’absence de mobilité de la mâchoire, un manque d’engagement des postérieurs voire une réticence à se mouvoir. Ces réactions justifient que nous examinons de plus près ce qui se trouve directement sous la peau de la face du cheval.

A l’oeil nu, de l’extérieur, l’anatomie de la tête est facilement devinable : il n’y a qu’une fine couche de peau qui recouvre les os ; alors que les veines et les muscles sont à peine visibles. Ce que vous ne voyez pas en revanche, est la multitude de nerfs et de fins tissus conjonctifs aux jonctions osseuses qui rendent la tête si sensible à la pression ou à la douleur.

Ces tissus, entre les 29 os individuels du crâne, plus une mâchoire permettant un mouvement latéral lors de la mastication, sont responsables des mouvements de la tête.

Il existe de nombreux nerfs qui prennent origine à la base du crâne et s’étendent sur toute la surface ; dont certains présents exactement où les différentes parties d’un bridon se trouvent. Une pression trop élevée causée par ce dernier peut également créer de l’inconfort ou de la douleur, qui peut être transférée ailleurs : des crampes musculaires peuvent apparaître et l’engagement des postérieurs disparaître. Les fascias couvrent le corps entier du cheval. Une bride ou un bridon mal ajustés peuvent même causer des problèmes jusqu’aux jarrets, ce qui a évidemment un impact sur la flexibilité et l’amplitude des mouvements. Il n’y a – malheureusement – que peu d’études documentées sur l’impact d’une briderie mal ajustée mais des preuves existent et les chevaux se déplacement mieux lorsque leur briderie leur convient. Les problèmes les plus sévères surviennent au niveau de la base de la nuque (là où se positionne la têtière) mais une muserolle trop serrée peut aussi causer de gros problèmes.

La nuque

Des capsules se trouvent entre le ligament nucal et les deux premières vertèbres cervicales. Ces capsules sont remplies d’un liquide et empêchent le ligament de frotter aux vertèbres et de s’en trouver endommagé. Ils ne peuvent que peu supporter une quantité de pression élevée supplémentaire et y réagissent en conséquence, en augmentant la production de liquide et en gonflant. Ce gonflement peut devenir très visible : chez les chevaux de dressage, cela se voit principalement au niveau de la première vertèbre cervicale (Atlas) et au niveau de la deuxième chez les chevaux de CSO. Ce gonflement n’est pas que gênant visuellement, il peut aussi amener le cheval à ignorer les aides, agiter la tête ou refuser toute forme de contact. Lorsque la douleur croit, le cheval peut basculer la nuque pour tenter de s’y soustraire. Les muscles de la ligne du dessus peuvent s’atrophier, entraînant la formation d’une “encolure de cerf”. Le rembourrage ou l’ajout de pads sous la têtière – même si bien intentionné – peut être tout à fait contre productif. Au lieu d’aider, l’épaisseur peut augmenter la pression et plisser la peau ; pouvant entraîner une mauvaise répartition ou des points de pression très localisés. (Encore une fois, ce sont les essais et les erreurs qui vous permettront de voir les réactions à l’ajout d’un rembourrage). Il n’existe pas de formule universelle pour tous les chevaux concernant le “à partir de quand c’est trop” quand il s’agit de tolérance à la pression. Un cavalier sensé écoutera son cheval et évaluera ce qui fonctionne (tout en reconnaissant que ces problèmes pourraient ne pas être uniquement dus à la briderie mais aussi à des problèmes dentaires ou, plus simplement, à des erreurs d’équitation ! ).

Le bridon ou la bride doit être ajusté de façon à ce qu’une main puisse se glisser sous la têtière. Il devrait y avoir la place pour deux doigts entre les muserolles et le cheval. Un bridon ou une bride devrait être considéré comme un projet DIY, avec potentiellement différentes tailles pour chaque partie du bridon ; afin de pouvoir s’adapter au mieux à chaque cheval.

Une muserolle trop serrée peut aussi avoir un impact sur le placé de l’encolure et la capacité du cheval à engager. Pour assurer confort et décontraction, la muserolle doit toujours permettre au cheval de mâcher librement. Le mouvement masticatoire inclut des mouvements latéraux que le cheval doit être capable d’exécuter. Avec une muserolle trop serrée, la résistance provoquera des crampes musculaires au niveau de la mâchoire et une pression accrue répercutée au niveau de la nuque et ce – mauvais – “renforcement” aura un impact sur toute la musculature et la capacité d’engagement du cheval. Certains chevaux sont si inconfortables à ce niveau là que les cavaliers les diagnostiquent “muets” ou “timides”, à tort. Tout ceci peut être évité avec une briderie bien ajustée.

Le crâne du cheval. Source: Steffi Neumann; SIS Book (utilisé avec permission)

Les scientifiques ont déterminé qu’il devait y avoir au moins ½ pouce d’espace [nota : environ 1,25cm] entre les incisives et le mors (soit la taille d’une carotte) pour permettre au cheval de mâcher confortablement lorsqu’il est équipé. Il y a deux points d’acupuncture situés dans la zone de la têtière, qui influencent la flexibilité de l’encolure, le mouvement du dos et la capacité de rassembler du cheval. Si le matériel est trop serré, non seulement ces points sont inhibés mais les méridiens situés de part et d’autres de la tête (méridiens intestinaux) le sont aussi. Cela peut influencer la flexibilité des hanches mais aussi la respiration.

Une pression excessive de la têtière peut provoquer des irritations à la base du crâne. Des expériences ont montré qu’au galop, durant certaines phases, la pression peut être doublée dans cette zone. Etant donné que le nerf ici est aussi connecté à la surface de la peau au niveau des oreilles, le cheval peut montrer une réticence à se laisser toucher les oreilles. Ce nerf est également connecté au muscle de la langue, ce qui peut entraîner d’autres problèmes au niveau des antérieurs (je sais que cela semble fou, mais c’est anatomiquement vrai).

L’arche zygomatique

Une muserolle trop serrée n’exerce pas seulement une pression supplémentaire au niveau du haut du crâne ; elle presse également directement sur un nerf et influence aussi un point d’acupuncture. Ce nerf sort directement juste au dessous de l’arche zygomatique, là où passe la muserolle.

La muserolle de certains types de briderie passe au point de sortie des branches de deux nerfs (« Nervus trigeminus » et « Nervus facialis ») au niveau du « foramen infra orbitaire » placé sur la mâchoire supérieure. La briderie doit être correctement ajustée et bouclée afin de ne pas frotter contre ces projections osseuses. Bien que la pression sur les os ne cause pas nécessairement de dommages à l’os lui-même, elle provoque des douleurs. Ce que l’on appelle nécrose de pression peut se développer, ce qui peut entraîner une chute ou la formation de poils blancs – comme lorsque les points de pression de la selle causent des problèmes.


Les illustrations ci-dessus montrent la complexité des nerfs crâniens du cheval et la localisation des foramens maxillaires, infraorbitaux, mandibulaires et mentonniers du crâne équin. La complexité et l’origine des nerfs et du foramen illustrent l’importance de choisir un style de bride convenable et de l’ajuster correctement afin de ne pas gêner ou ajouter une force excessive à ces nerfs – provoquant invariablement des douleurs et / ou un inconfort. © Anatomie du cheval: un texte illustré d’auteurs Klaus-Dieter Budras, W.O. Sack et Sabine Rock.

La mandibule

La plupart des points d’insertion nerveuse sont facilement visibles sur le crâne nu du cheval. On peut voir l’un des plus importants sortir de la mâchoire inférieure du foramen mentonnier. Il est proche de la fin de la bouche du cheval et une attention particulière doit être apportée lorsque la gourmette est attachée afin qu’elle ne soit pas trop tendue.

Glandes salivaires

La contrainte induite par la pression provoque une augmentation de la salivation du cheval. Si la bride est trop serrée et que le cheval est contraint de ne pouvoir mâcher, une production accrue de salive provoque stress et contraction musculaire. La salive ne sera pas avalée; elle sortira simplement de la bouche du cheval. L’hypoïde se trouve sous cette glande, qui est reliée à un nerf de l’oreille. Plus encore, une pression excessive peut également affecter la capacité du cheval à maintenir un bon équilibre. Il y a aussi beaucoup  de points d’acupuncture à la base des oreilles, là où se trouve le frontal. Ce point d’acupuncture garantit la mobilité de la mâchoire et de l’articulation Sacro-Iliaque et a une influence sur les méridiens responsables de la vessie, de la vésicule biliaire, de l’intestin grêle et autant d’influences sur les mouvements des membres antérieurs et postérieurs.

Dans une étude réalisée par l’Université de Sydney, l’impact de muserolles trop étroitement serrées sur la mastication, la température des yeux et le rythme cardiaque a été examiné sur 12 chevaux au moyen d’une bride suédoise. Avec une muserolle trop serrée, les indicateurs de stress étaient indiqués par une accélération du rythme cardiaque et une augmentation de la température oculaire.

Les naseaux

Les muserolles et les muserolles combinées ne doivent pas être placées trop bas sur la face du cheval : ils risqueraient alors de «fermer» les naseaux et de nuire à la capacité respiratoire du cheval, tout en provoquant une accumulation de chaleur dans les poumons. Ceci est particulièrement important à surveiller sur les muserolles allemandes, qui peuvent avoir un impact supplémentaire sur deux points d’acupuncture importants si elles sont bouclées trop bas et trop serrées.

Cheval ayant clairement des difficultés à respirer à cause de la muserolle combinée extrêmement serrée.

Les joues

Les muserolles combinées peuvent également causer des problèmes aux muqueuses buccales. Si celles-ci sont trop serrées, les bords des dents de la mâchoire supérieure vont appuyer contre celles-ci, ainsi que sur l’intérieur des joues, et peuvent causer des blessures. Cela est particulièrement douloureux si les dents ne sont pas entretenues depuis un moment et si elles présentent des surdents ou des crochets. Il est important de garder ces pièces lâches (espace pour 2 doigts). Les muserolles combinées ne sont généralement utilisées que lorsqu’il existe un problème avec le cheval qui garde la bouche trop grande ouverte ou qui passe la langue par-dessus le mors.

Bien entendu, la sous-gorge ne doit pas non plus être trop serrée et doit pendre légèrement, de façon à laisser passer l’équivalent de deux ou trois doigts. Elle ne doit jamais être serrée pour être parfaitement aligné avec la joue du cheval.

La question qui se pose est de savoir si un rembourrage supplémentaire améliore le confort de votre cheval – en particulier un rembourrage sous la muserolle et la têtière. Il a été démontré que la pression augmentait avec un rembourrage supplémentaire – en particulier au niveau de la têtière, ce qui reviendrait à porter un casque trop serré (pensez aux maux de tête que cela provoque !). Cependant, un rembourrage supplémentaire au niveau de la muserolle a un résultat plus positif, et de nombreux fabricants l’intègre dès le départ sur leurs produits.

En résumé, il est toujours préférable d’essayer plusieurs pièces de briderie sur votre cheval afin de déterminer ce qui fonctionne le mieux pour lui. Chaque cheval est différent, et vous pouvez trouver qu’une combinaison de pièces et de tailles différentes est la meilleure solution. L’essentiel est d’essayer une bride pour quelques séances, car toute nouveauté peut entraîner un comportement différent. La réaction au mors est bien sûr une autre variable mais, en tant que cavalier, vous saurez mieux ce que votre cheval aime et pouvez lire comment il réagit. »

Jochen Schleese a été certifié plus jeune maître sellier en Europe en 1984 et a été invité en 1986 à devenir le sellier officiel du Championnat du monde de dressage.

Il a reçu un brevet pour un modèle de selle révolutionnaire en 1996 et est reconnu comme référence sur les selles.
Pour plus d’informations, visitez le site www.schleese.com ou lisez le livre Suffering in Silence: The Saddle Fit Link to Physical and Psychological Trauma in Horses,, de Jochen Schleese.

Article traduit de l’anglais par Laetitia Ruzzene, Janvier 2019. Article d’origine : Bridle fit is as important to horses as saddle fitting: Here’s why. 
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