Le vilain petit baucher

Il est responsable d’échanges houleux sur les forums équestres, le plus diabolisé et surtout le plus incompris des mors à action simple…let me introduce you the mors baucher ! (le mors, pas le monsieur donc). Alors, le baucher ? Abaisseur, releveur, levier ? Éclairages.

Plébiscité pour son action de releveur de l’encolure, réputé être abaisseur, vendu pour ces effets sur la nuque… Ce mors a décidément des allures de baguette magique. Sous ces arguments marketing foireux se cache une toute autre vérité et un fonctionnement radicalement opposé à celui qu’on lui prête.

L’effet présumé du baucher

Dixit les revendeurs : « le mors baucher, en basculant sous l’action des rênes, crée une pression sur la nuque. Cela lui permet de faciliter le relèvement de l’encolure et d’alléger le cheval sur les épaules ».

Et bien c’est faux.

Avant d’expliquer pourquoi, essayons de comprendre d’où peut venir cette croyance
populaire.

Le baucher est un mors sur lequel rênes et montants du mors ne sont pas attachés au même anneau. Les montants du mors s’accrochent à l’anneau supérieur et les rênes à l’anneau inférieur.

Ainsi, dans cette configuration, il est aisé de se dire que lorsque les rênes se tendent, le mors bascule. Alors, les anneaux supérieurs basculent aussi vers l’avant venant tendre les montants du mors. Tension alors répercutée sur la nuque via les montants.
Premier élément de réponse.

Le second – non des moindres – c’est qu’à l’origine, les mors baucher, étaient plus imposants que ceux que nous utilisons aujourd’hui. En effet, les branches reliant anneaux principaux et anneaux supérieurs de chaque côté du mors mesuraient aux alentours de 15cm. Oui, oui. Amplifiant donc ce phénomène en rigidifiant l’ensemble de la briderie.
Deuxième élément de réponse.

Le troisième, c’est un design tout à fait curieux que je n’ai jamais vu en vrai (que l’on m’en garde!). Un mors baucher avec un canon brisé en bouche et un canon droit derrière le menton (oui, en métal…), créant un pivot déporté.
Troisième élément.

Le troisième point c’est ce truc là…

L’effet du baucher

Maintenant, essayons de comprendre ce que « fait » vraiment le baucher, quel est véritablement son comportement. Effectivement, lorsque les rênes entrent en action, le mors bascule. Les anneaux supérieurs décrivent un plus grand trajet que les anneaux inférieurs du fait de leur éloignement de l’axe. Jusqu’ici c’est vrai et c’est une composante du couple, ou torque.

Là où se situe l’erreur, c’est de considérer que le mors entre en rotation à partir d’un point fixe et rigide et vient tendre des montants tout aussi rigides.

Le pivot flottant

En effet, ce modèle physique est exact si il s’applique sur pivot fixe. Hors, la bouche du cheval est ce que l’on appelle un « pivot flottant ». On quitte Newton pour Archimède.

Le matériau sur lequel repose et agis le mors via les mains du cavalier est souple, élastique et déformable ; ce qui ne permet pas d’appliquer un effet un torque ou de levier stricto-sensus. Les montants du mors aussi sont souples. Quant au mors, en plus de tourner sous l’action des rênes, il remonte le long de la langue (en direction de la nuque). La force transmise aux montants du mors les font bouger.

Dans le cas du mors baucher, ces derniers s’écartent de la tête du cheval. La « transmission » de la force s’en trouve alors modifiée. Pour couronner le tout, au bout de ces montants, je vous le donne en mille : la nuque est elle aussi un pivot flottant.

En conclusion, le baucher n’augmente pas la pression sur la nuque et a même tendance à la supprimer ! Oui, la supprimer.

Bon, elle est bien gentille avec ces pivots et ces torques mais comment peut-on en avoir la preuve ?

Suffit de demander !

Le baucher et la nuque

Cette recherche, la Neue Schule Ltd l’a faite. En équipant des chevaux avec des sensors au niveau de la têtière et des rênes, ils ont trouvé les résultats suivants :

Sur la ligne des abscisses, la tension dans les rênes en N et sur l’ordonnée, la compression de la nuque en N toujours.

Que nous montre ce graphique ?
Au repos, à 0 N de tension dans les rênes, le baucher exerce 1 N (≈ 100 g) de tension sur la nuque. Cela correspond à la prétension des montants du mors, c’est à dire la tension qu’ils exercent du fait de leur simple présence et de leur simple réglage sur la tête du cheval.

Ensuite, entre 1 N (≈ 100 g) et 40 N (≈ 4 kg) de tension dans les rênes – c’est là que ça devient intéressant ! – non seulement il n’y a pas de tension supplémentaire sur la nuque mais en plus, le baucher, tendrait à la supprimer tout court, affichant des valeurs négatives ! Ceci est dû à ce que je vous expliquait plus haut, la translation du mors vers la nuque et l’écartement des montants du mors.

Et pour finir d’illustrer cette histoire de pivot flottant, nous avons la dernière partie du graphique. Nous observons, entre 60 N (≈ 6 kg) et 80 N (≈ 8 kg) de tension dans les rênes , trois « grappes » de données où, effectivement, le baucher crée une légère pression sur la nuque (entre 1 N et 3 N, soit 100 à 300 g). Pourquoi ?

Le transfert de pression

Ce phénomène est dû au fait que la pression supportée par la langue est largement outrepassée et vient alors se répartir sur les premières structures rigides qu’elle rencontre : les barres. Si le cheval a retiré sa langue, c’est aussi le cas. Le point de bascule devient alors moins flottant !

Au regard de ces éclairages, il va sans dire qu’à l’origine, effectivement, le mors baucher et ses 15cm de branches rigidifiant le tout, avait pour conséquence de créer une pression supplémentaire sur la nuque. Mais plus maintenant, heureusement !

En conclusion, le baucher n’a absolument pas les effets que l’on lui prête. Le modèle physique (trop) basique de son fonctionnement et son ancien design ont simplement contribué à semer le doute.

Réputation non méritée mais effets constatés

Il n’en demeure pas moins que le baucher a quand même des caractéristiques intéressantes et se révèle parfois être un outil qui apporte un vrai plus. Certains chevaux l’adorent, d’autres le détestent, d’autres l’aiment un temps et c’est tout…Mais en général le « oui ou non » est très marqué !
Mais si il n’appuie pas sur la nuque, pourquoi des réactions si franches ?

  • De par son design, le baucher est un mors dit « suspendu », dont les appuis en bouche pourraient différer légèrement mais suffisamment des mors qui ne le sont pas, créant des réponses différentes.
  • Le fait qu’en action le baucher supprime la prétension ressentie par le cheval via la tétière pourrait engager le cheval à relever la tête pour retrouver cet appui momentanément supprimé. Une sorte « d’appel de nuque », en somme.

Ce sont deux théories, probables mais non expérimentées à ce jour. De nouveaux éclairages sur ces axes de réflexion sont nécessaires. En attendant, le petit guide de la Neue Schule est une bonne lecture.

Le baucher a un score PP de -1

Espérant que cet article vous aura éclairé , je vous laisse en vous disant que
l’un des mors simples qui accroît la pression sur la têtière est le…mors chantilly ! Hé oui !

A bientôt, donc 😉

Auteur : Laetitia

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Cet article a été écrit par Laetitia Ruzzene et appartient au titre des droits d’auteurs au site http://www.bit-fitting.fr. Les textes contenus dans cet article peuvent être réutilisés ou distribués dans la mesure de la mention de son auteur ainsi que de l’origine de l’article (lien URL direct).

5 commentaires sur “Le vilain petit baucher

  1. Quand à l’étude du mors de filet Baucher, sincère, objective et intéréssante , elle ignore les deux soucis que Baucher souhaitait résoudre avec son invention:
    1/le filet étant utilisé conjointement avec un mors de bride (indépendant et au dessus de lui d’un bon 2 cm) il était nécessaire :
    « que la bride ne puisse jamais être soulevée (par la langue) et venir s’accrocher au dessus de l’anneau du filet,
    « que l’anneau du filet (nécessairement petit avec une bride), ne puisse pas « passer en travers de la bouche » sur des actions unilatérales, ce qui supposait une barette (ou aiguille) .
    2/Baucher ne concevait la tête que placée verticale (oh! combien).Il voulait que les canons du filet ne « tournent » pas sur eux même, ni ne s’appuient sur la langue ou la commissure, mais restent toujours , suspendus, à la même angulation (90°des montants) en contact avec les BARRES.!…ce que réalisait une barette tangentielle à l’anneau(mors de trotteur) mais inversée et dotée d’un passage pour le cuir du montant.
    Que l’angulation fixe provoque de plus -sur un maxillaire étroit- un « pointé « de la brisure contre le palais (incitant l’ouverture de la bouche) pourrait aussi être mis au compte des intentions intimes de F.B. et : »dans son style »: »il faut détruire les forces naturelles. »
    Enfin l’action du mors sur la nuque a totalement été ignorée par les Européens (quand c’est la premiere chose analysée par le western) depuis et y inclus Vercingétorix jusqu’à R.Gogue…avant que D.Giniaux ne le mette en exergue.C’est ici le lieu de signaler que la nuque possède (aussi!)des capteurs thermiques, qu’une têtière large (pour répartir les pressions!!) perturbe et inhibe (et fait transpirer) sans parler de manchons de têtière en fourrure que le cheval ne peut supporter au delà d’un quart d’heure, sans manifester des troubles visibles.
    Michel Raffit

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