Quelle matière pour mon mors ? (Partie 1)

De nos jours les embouchures sont fabriquées dans une très grande variété de matériaux : alliages, polymères synthétiques, caoutchouc, cuir…
Je vous propose aujourd’hui un tour d’horizon de ces différents matériaux pour y voir plus clair !

Dans ce premier volet consacré aux matériaux, nous verrons la base : quelles sont les grandes familles de matériaux, leur propriétés intrinsèques, lesquelles sont importantes à prendre en compte lorsque l’on parle d’embouchures ?

Le second volet détaillera les principaux matériaux au regard de toutes ces informations et présentera avantages et inconvénients de chaque matériau.

C’est parti pour la première partie !

Science des matériaux

Créer et étudier des matériaux est une science à part entière (Science des matériaux, très simplement). Il convient avant de commencer de cerner certaines informations essentielles lorsque l’on parle de matériaux. Ceci afin de ne pas s’embrouiller par la suite.

Les familles de matériaux

On distingue 4 grandes familles de matériaux :

  • Les métalliques : métaux « purs », alliages.
  • Les organiques : cuir, caoutchouc, plastique…
  • Les minéraux (qui ne nous concernent pas vraiment) : verre, céramique…
  • Les composites : kevlar, fibre de verre résinée… (peut nous concerner au niveau de la selle mais pas dans la bouche donc on laisse de côté aussi)

On a donc surtout deux familles qui fournissent les matériaux des embouchures : métalliques et organiques. Evidemment, le nombre et la variété de matériaux présents dans chaque famille est colossale. Donc on ne se concentrera que sur ce qui est utilisé majoritairement au niveau des embouchures.

Maintenant que l’on a ciblé les deux grandes familles, on va voir ce qui permet de retenir ou rejeter un matériau pour l’utilisation que l’on veut en faire.

Classes des matériaux – Wikipédia

Propriétés physiques et mécaniques

Un matériau possède plusieurs propriétés mécaniques et physiques. Elles sont plus ou moins importantes selon le contexte et l’usage pour lequel ils sont utilisés. Parmi ces propriétés, on distingue les plus importantes (communes à tout matériau) :

  • La masse volumique, exprimée en g/L ou en g/m3. C’est très simplement la masse, au sens physique du terme du matériau en question.
  • L’élasticité et la déformation (on en a déjà parlé ici) qui est la capacité de déformation et la limite d’élasticité.
  • La résistance, qui permet de déterminer la dureté d’un matériau. Très simplement, on impacte très fort le matériau en question et on regarde ensuite quels dommages il a encaissé. Si le matériau ne s’est pas déformé, c’est qu’il est très dur.
  • La conductibilité électrique, qui détermine si le matériau laisse passer le courant électrique ou si il est isolant. (qui n’a jamais pris une châtaigne en touchant la bouclerie du licol pendu à l’entrée du pré ? Huuum ?)
  • L’oxydabilité, où la résistance du matériau à l’humidité. Cette dernière nous intéresse particulièrement puisque les embouchures sont utilisées en milieu humide. Et l’oxydation peut nuire à la résistance d’un matériau.

Ça, c’est pour les propriétés de base et tous les matériaux y passent : métaux, plastiques, caoutchoucs, etc… Les fabricants ont a prendre en compte d’autres facteurs qui ont rapport surtout à la façon de travailler le matériau (temp de fusion, coulage ou formage…). Je ne les détaillerait pas ici.

Matériaux triés selon leurs propriétés : résistance à la compression et module de Young (déformabilité – élasticité) – UTC

Propriétés importantes pour les embouchures

En revanche, dans la mesure où les matériaux des embouchures vont dans la bouche de nos chevaux, il y a d’autres propriétés à prendre en compte.

La conductivité thermique : elle représente l’énergie/unité de surface/temps transférée. Plus simplement, c’est la capacité pour un matériau d’emmagasiner la chaleur. C’est important pour nos embouchures. Cela détermine si un matériau va rester froid une fois en bouche ou monter à la température du corps (confort). La capacité thermique, son associée, est la capacité pour le matériau donné de rester à température.

Une autre composante importante est l’allongement à la rupture. C’est la capacité d’un matériau à résister à une force en traction. À cheval on imagine bien pourquoi cette donnée est importante et pas que pour le mors ! Le cuir de briderie a aussi été sélectionné pour cette même résistance (mais si il est pas top à la base ou mal entretenu, il perd de cette résistance physique et la sécurité est en jeu ! (cf la rêne sèche et raide qui pète en plein milieu d’un cross)). Cette composante est également liée à la ductilité (capacité de déformation avant rupture), à lafatigue (résistance d’un matériau à son environnement et aux forces qui s’exercent sur lui) et la solubilité en milieu humide.

Toutes ces propriétés sont des composantes qui entrent également en compte dans le choix d’un matériau destiné à une embouchure.

La biodisponibilité

On quitte un instant la Science des matériaux pour se pencher sur un terme pharmacologique. Il est à mon sens indispensable lorsque l’on parle de matériaux à mettre dans la bouche de nos chevaux. C’est la biodisponibilité.

Qu’est-ce que la biodisponibilité ?

En pharmacologie, la biodisponibilité est la proportion d’une substance qui atteint la circulation sanguine sous forme inchangée. C’est un outil essentiel en pharmacocinétique, car la biodisponibilité doit être prise en considération lors du calcul des doses pour des voies d’administration autres qu’intraveineuse.

Le grand Wikipédia, à nouveau

La biodisponibilité est la possibilité pour une substance de franchir les barrières physiologiques, de passer dans le sang, se répartir dans l’organisme et d’être en contact avec les organes.

Transposée et simplifiée pour nos embouchures, c’est l’impact que pourrait éventuellement avoir l’ingestion d’un matériau. C’est se poser la question : est-ce-que le matériau ou une partie du matériau ou la réaction chimique d’un matériau peut être ingéré/absorbé par l’organisme et si oui quelles pourraient en être les conséquences ?

Outre le fait d’écarter la toxicité éventuelle d’une embouchure (important, quand même) c’est aussi se demander si le matériau pourrait provoquer des allergies ou tout autre désagrément s’il est avalé ou absorbé via les muqueuses.

Qui ne pense pas aux bouts de mors en caoutchouc disparus de l’embouchure en ce moment même, hein ?

Comment savoir ?

C’est quelque chose de somme toute assez compliqué à savoir. Mais – fort heureusement – les matériaux utilisés en orthodontie humaine ont fait l’objet d’études poussées et peuvent servir de base. Il faut noter toutefois qu’il faut transposer une étude de l’humain à l’animal avec précaution. Mais cela permet d’écarter toxicité et biodisponibilité trop importante. Les recherches menées sur les matériaux en orthodontie humaine placent la balance risque/bénéfice en faveur de l’acier inoxydable et des alliages pauvres en nickel.

La biodisponibilité va concerner autant les matériaux métalliques que organiques.

Pour ce qui concerne nos amis les équidés, il n’y a eu aucune preuve vétérinaire publiée de chevaux allergiques aux métaux contenus dans les mors. De même, aucune publication n’a démontré une quelconque toxicité induite par l’utilisation de mors en métal dans la bouche des chevaux jusqu’ici.

Des mors en bronze

Petite parenthèse « fun fact » pas si fun que ça.

Aux alentour des années -800 avant J.C, les mors étaient en grande majorité fabriqués en bronze. La biodisponibilité du bronze et sa toxicité sont très importantes. Les chevaux restant plusieurs heures embouchés avec leurs mors en bronzes, l’absorption du matériau avait lieu à des doses toxiques. Ils mourraient rapidement d’un empoisonnement.

Le bronze sera alors abandonné pour le fer.

Mors en bronze, 1er siècle – Lot-Art

Les réactions ioniques

Certaines embouchure, sont réputées avoir un goût. Sur les alliages métalliques, cela est dû à un phénomène qui se nomme réaction d’oxydation. Ce phénomène physique tout à fait normal donne un « goût » au métal plus ou moins prononcé. Et les chevaux expriment en général assez clairement leur goût ou leur dégoût pour phénomène !

C’est particulièrement vrai avec les alliages contenant du cuivre en plus ou moins grande quantité, dont le « goût » est puissant et caractéristique.

Les ions métalliques peuvent, en se dissolvant dans un milieu humide acide et en entrant en contact avec les papilles gustatives, « avoir du goût ». Certains métaux peuvent également relâcher des composés organiques volatiles produisant des odeurs, dans des milieux basiques ou neutres. Il faut également savoir que ce phénomène est valable avec tous les métaux. Sa couleur peut changer, sa forme peut changer, sa température peut changer, son odeur peut changer…Et tout cela fait parti de cette réaction.

La salive du cheval est normalement neutre mais peut devenir légèrement plus acide et 3 chémorécepteurs lui permettent de distinguer le goût. Le cuivre est loin d’être le seul dans ce cas mais son odeur est forte et très caractéristique.

Certains chevaux sont indifférents à ces odeur tandis que d’autres refusent catégoriquement d’y « goûter ». C’est une simple question de préférence !

Bobine de cuivre

Le cuivre augmente t-il la quantité de salive produite ?

Ce phénomène, bien qu’observable, n’a pas fait ses preuves du côté de la science.

Nous pouvons tout à fait nous demander si c’est spécifiquement le cuivre qui produit cet « effet » ou si d’autres métaux le peuvent (fer, par exemple). Vu que des chevaux avec des mors sans cuivre et sans fer peuvent également avoir cette « bouche fraîche », est-ce vraiment lié ? Est-ce que c’est dû au « goût » comme vu plus haut ? Ou au changement de température ? Ou une combinaison de phénomènes ?

Rien n’est certain !

Le bon équilibre

Pour clore cette première partie concernant les matériaux, voici une synthèse des critères de choix principaux des matériaux :

  • Une limite d’élasticité haute (sécurité)
  • Satisfaction des contraintes physiques imposées (sécurité)
  • Une composition « clean »
  • Un bon équilibre thermique (confort)
  • Un goût plaisant

Et là vous vous dites qu’on est pas sortis de l’auberge hein ?

C’est pour cela que dans la seconde partie, nous prendrons les matériaux métalliques et organiques des embouchures un par un pour les passer au crible et faire la balance ! Et comment répondre à la question « quelle matière pour mon mors ? » 😉

Alors à très vite !

Auteur : Laetitia

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Cet article a été écrit par Laetitia Ruzzene et appartient au titre des droits d’auteurs au site http://www.bit-fitting.fr. Les textes contenus dans cet article peuvent être réutilisés ou distribués dans la mesure de la mention de son auteur ainsi que de l’origine de l’article (lien URL direct).

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