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Ergoequine

Mors et jeune cheval : lequel, quand, comment ?

10 janvier 2022

Temps de lecture supérieur à 30 mn.

Quand on travaille avec les jeunes chevaux, on est amené à se poser 10 000 questions à la minute. L’une d’entre elle semble particulièrement délicate : quel mors pour mon jeune cheval ? De même que toutes ses subsidiaires : Comment le choisir ? Quand commencer ? Comment faire de cette découverte un moment « zen » ? Qu’est-ce qu’un « bon » mors pour un jeune cheval ? Quel matériau ? Et si je sors en concours ?

Dans ce dossier, nous allons aborder toutes ces questions. D’un point de vue « pratique » d’abord, avec des conseils de spécialistes du jeune cheval, qui vous donneront leurs tips utiles pour aborder sereinement l’introduction au contact. Puis en se focalisant sur la recherche de l’outil, du mors « idéal ».

On explore donc ici les différentes possibilités et comment présenter ce curieux outil à votre jeune (le cheval, toujours).

C’est parti !

Table des matières

Quand ?

Quelle excellente et difficile question !

Est-il plus judicieux de faire découvrir le mors « sans intentions » au jeune cheval avant de l’utiliser OU faut-il associer le mors directement au travail monté ? De mon point de vue, il est utile de présenter l’outil en amont de son utilisation. Comme nous le verrons plus loin dans ce dossier, le jeune cheval à de TRES nombreux paramètres à gérer. 

Autant faire en sorte qu’un nouvel outil qui va amener un certain nombre de stimuli nouveaux soit déjà un minimum « routinier ». 

L'introduction au mors est d'autant plus importante que le mors et présenté au cheval quotidiennement et joue un rôle primordial dans la communication du couple. Un mauvais apprentissage pourrait entraîner une incompréhension de la part du cheval, ou pire, une appréhension qui serait elle-même source de tensions ou de comportements indésirables.

Clio Marshall & Chloé Vic - Enseignantes spécialisées en locomotion, Rhône-Alpes

Les chevaux ont la mémoire longue...

Un débourrage raté et c’est toute l’équitation future qui s’effondre…

Les chevaux retiennent plus volontiers les mauvaises que les bonnes expériences. Aussi, un contact peut être gâché en quelques minutes et poursuivre le cheval abusé durant toute sa vie – et ce, même si cette expérience négative ne s’est jamais renouvelée par la suite. Il est donc d’une grande importance de développer la confiance du cheval, en l’outil et en votre main.

Pour se faire – une fois n’est pas coutume – il va être question d’adapter l’outil au jeune cheval qui le porte. Et faire en sorte que l’outil ait de façon intrinsèque des avantages permettant le développement de cette confiance.

Note : En dehors de ce qui concerne l’outil, posez-vous sincèrement et sans jugement la question : en suis-je capable ? Car certes le bon outil vous facilitera la tâche ; mais il ne fera pas le travail à votre place et n’évitera pas vos erreurs de main. De fait, si vous jugez votre contact insuffisamment bon, ça n’est pas une mauvaise idée de laisser faire quelqu’un d’autre sur cet aspect là.

De la même manière, si vous n’êtes pas monté depuis un certain temps ou n’avez pas utilisé de mors depuis longtemps, préférez redécouvrir vos sensations sur un cheval qui connaît déjà son métier, pas qui est en train de l’apprendre. Ces conseils peuvent paraître étrange quand on les regarde avec du recul, mais croyez-moi ; ils ont une raison d’être…

Une histoire de codes

Les associations que le cheval va faire entre les stimuli reçus et vos attentes est entièrement bâti par vous : son cavalier ! L’apprentissage du contact est une codification, un langage que vous allez ensuite utiliser pour longtemps. La façon de l’apprendre est très « brute », un jeu de devinettes où la réponse s’affinera avec le temps.

Il est tout à fait possible de faire de cette étape un apprentissage ludique et enrichissant pour lui. On se concentre souvent sur la présentation du mors à l'arrêt et on oublie que cet outil est amené à prendre plusieurs formes pour faire passer différents messages. Le cheval doit alors le découvrir seul, alors qu'il porte son tout nouveau cavalier et qu'il reçoit déjà des tonnes d'informations à la minute. Il est intéressant de prendre le temps de codifier le mors à pied d'abord, sur des exercices très simples que l'on pourra ensuite compliquer et transposer en travail monté.

Clio Marshall & Chloé Vic - Enseignante spécialisée en locomotion, Rhône-Alpes

Comment ?

Introduire concrètement l'outil

Pour la suite, je vais carrément laisser la parole à Pauline Barbier, enseignante, cavalière et créatrice de la plateforme (géniale) Blooming Riders. Elle prend les commandes de cette rubrique, avec de nombreux conseils utiles pour cette (ou plutôt « ces ») étape(s) !

Pré-requis

 » L’introduction du mors auprès de votre jeune cheval doit respecter toutes les règles d’un nouvel apprentissage fait dans les règles de l’art. Si votre cheval n’a jamais eu le mors, on va effectuer ce qu’on appellerait une “habituation”. S’il l’a déjà eu et qu’il n’en n’a pas un souvenir très fameux, il s’agira d’une “désensibilisation”. En soit, l’objectif est exactement le même : que la présence du mors dans la bouche du cheval soit un évènement banal qui ne déclenche aucun signal d’inconfort ni d’émotions négatives.

Pré-requis conseillés :

  • Que le cheval ait déjà une certaine aisance avec le fait d’apprendre : idéalement, il a déjà une bonne base d’éducation au sol, de travail à pied, d’exploration en extérieur, voire même des premiers travaux vers l’introduction de la selle.
  • Que vous ayez déjà effectué plusieurs processus d’habituation ou de désensibilisation, afin que vous connaissiez bien le type de réaction de votre cheval – autrement dit, son tempérament face à la nouveauté.
Val & Lucie, en pleine discussion. Image @ Blooming Riders

Maître mot : habituation

Le mors est un outil assez invasif. C’est pourquoi je recommande toujours qu’il n’arrive pas comme un cheveu sur la soupe dans le processus d’éducation/débourrage/redébourrage (barrez les mentions inutiles) d’un cheval.  Si votre cheval est déjà ‘habitué’ à apprendre, à découvrir de nouvelles choses, vous créez d’ores et déjà des paramètres gagnants.

Ensuite, si vous avez déjà expérimenté des exercices de confiance avec un ballon, une bâche, un drapeau, un surfaix, un tapis, etc… Vous avez une petite idée des variables qui restent relativement constantes et prévisibles. Prenons l’exemple d’un cheval plutôt néophobe (qui n’aime pas la nouveauté). Il aura tendance à se méfier de ces objets et à demander de la patience et beaucoup d’association positive pour se sentir à l’aise avec lesdits objets. Si à l’inverse, c’est un grand curieux, vous savez que ce sont des processus qui l’intriguent, voire carrément l’amusent dans certains cas. « 

Introduction au mors : Quelques étapes

 » Je vais vous décrire ce que moi j’aime faire et qui, jusqu’ici, a très bien fonctionné sur les chevaux que j’ai eu à l’entraînement ou en leçon.

D’abord, j’aime beaucoup utiliser clicker ou du renforcement positif pour associer l’idée de toucher le mors à quelque chose d’agréable (généralement, de la récompense type alimentaire). On va donc présenter le mors. Dès que le cheval le touche du bout du nez, je marque (le click du clicker ou “oui” oral, comme vous préférez). Puis je récompense. J’utilise le mors comme une cible que le cheval doit toucher du bout du nez. Ce genre de travail sera généralement déjà très bon si vous y consacrez 5 minutes par jour pendant 2-3 jours.

Step 2

A ce stade, le cheval est très à l’aise avec l’idée de toucher le mors avec le nez. Prochaine étape, on aimerait qu’il commence à essayer de le prendre en bouche. On va simplement se placer à côté de lui (vous pouvez vous mettre en contact protégé, le cheval derrière une barrière ou dans un boxe), et présenter le mors comme une cible. Sauf qu’ici, on va progressivement attendre un peu avant de marquer et récompenser. On va attendre qu’il cherche un peu plus loin, peut-être en essayant de lécher/goûter ou autre le mors. Dès qu’il montre une tentative de recherche un peu plus aboutie qu’un simple toucher du bout du nez, on marque et on récompense. De même, à solidifier quelques jours.

Step 3

Ensuite, je vous conseille d’installer le filet sur votre mors. En effet, le jour où votre cheval prendra le mors dans la bouche et qu’il sera facile de l’installer, je préfère que le mors reste stable dans sa bouche. Il le gênera moins que si vous tentez vaguement de faire le ninja en suivant sa bouche avec le mors non stabilisé. S’il est instable, le cheval aura plutôt tendance à vouloir le recracher dès que possible. Donc, montez le mors sur votre filet, et préparez vous à mettre pour “de vrai” le filet dès que le cheval prend réellement le mors. Petite note : je suis de la team de ceux qui ne sont pas du tout gênés d’aider le mors à glisser dans la bouche quand le jeune cheval hésite un peu. Voilà, certains me brûleraient vive sur le bûcher pour avoir osé écrire ça, d’autres moins puristes comprendront le geste. Le tout, c’est que ça soit un petit coup de pouce, pas une bataille. Dès que vous sentez que c’est un “non” sérieux de la part du cheval, c’est juste qu’on est allé trop vite.

Step 4

Une fois votre filet mis en place, je vous recommande chaudement d’installer un seau avec une poignée de concentrés. L’idée, c’est de faire une sorte de jackpot dès que le mors est entièrement installé dans la bouche. Cela le motivera à désirer que la situation se reproduise.

Puis, vous répétez. Proposer le mors en cible, mettre le mors + filet, jack pot avec un peu de concentrés… Ça doit devenir ultra facile.

Tout ce travail peut prendre 1 journée (pour les plus rapides) à 3 semaines selon votre cheval, à raison de 5/10 minutes max par jour.

Val et Pauline, découverte du bridon. Image @ Blooming Riders
Step 5

Maintenant, on va vouloir installer le confort que le cheval ressent vis-à-vis de la présence du mors dans la durée. Le top du top : lui laisser le filet et du foin. L’emmener brouter avec le filet. Proposer un peu de grain avec le mors en bouche. En bref, vous êtes totalement passif, et vous laissez le cheval explorer la sensation du mors avec plusieurs types d’aliments et de façon d’employer sa mâchoire, sa langue, etc.

Je vous invite aussi à faire des séances normales avec le filet installé. Vous mettez votre licol par-dessus le filet, et partez en balade à pied, faites une séance de travail au sol… Sans vous préoccuper du filet et du mors. Ce processus vous garantit (à condition que le mors+filet soient adaptés, mais je pense que vous êtes ici précisément pour cela) qu’une fois que le mors deviendra un outil de communication, tout le travail d’aisance de confiance ait été parfaitement réalisé. »

Introduction au contact

« Vous l’aurez compris, la priorité number 1, c’est que le cheval s’en contre tape d’avoir un mors dans la bouche. Evidemment, c’est un objectif, parfois certains chevaux prennent plus de temps que d’autres.

Après tout ça, c’est le temps de l’introduction des demandes liées au mors. Le mors c’est un outil de communication. On va donc introduire au sol pleins d’effets de rênes pour que le cheval les connaisse déjà avant de recevoir un cavalier. L’idée d’un apprentissage bien fait : changer 1 seul paramètre à la fois. Solidifier. Rajouter 1 paramètre. Répéter. 

Une fois que tout ce travail est réalisé, et que votre cheval est prêt à être monté en mors, il faudra reprendre la structure d’exercices proposée dans Introduire le Contact au Sol. Ceci pour faire la translation entre les demandes au sol et les demandes montées. Autre petit conseil, toujours respecter cet ordre : demandes à l’arrêt, puis au pas, puis au trot, puis au galop. 

Enjoy ! »

Un immense merci à Pauline pour sa contribution ! Je reprends les rênes (vous l'avez ?)

Vous souhaitez approfondir sur le sujet ? Deux programmes Blooming Riders lui sont dédiés :

Alerte, je ne gère pas mon coooorps !

C’est ce que pourrait dire un jeune cheval en post-débourrage. 

Maintenant, grâce aux conseils de Pauline, votre cheval sait ce qu’est un mors. Il sait aussi que ce n’est qu’un objet parmi d’autres. Et enfin, sa présence ne crée pas plus d’émotivité que ça chez lui. Vous avez également introduit le contact, les premiers stimuli. Bingo ! Il est temps de passer à la suite.

Allez hop, à cheval ! Mais au fait, on cherche quoi dans le contact une fois qu’on est sur le dos de notre jeune cheval ?

"Oui bonjour, vous pouvez répéter la question ?". Image @ Le cheval d'abord

La première recherche sera la confiance main/bouche, aucune communication possible sans cela. Il est important d'avoir conscience que le contact doit être léger mais constant pour éviter les ruptures qui donneraient des indications non souhaitées au jeune. Cette relation doit lui donner envie et confiance à aller vers cette main. L'équilibre du jeune cheval est descendant et non maîtrisé . Il sera important de faire attention à la propre répartition de son équilibre pour ne pas lui donner l'habitude de nous compenser et inversement.

Sandrine Ratoret, Le Cheval d'Abord, enseignante et cavalière pro

Un équilibre encore précaire

Comme le détaille Sandrine, l’équilibre du jeune cheval est encore très précaire. Une part de ceci est directement due à la croissance « en escalier » du cheval : un coup le garrot, un coup la croupe. L’équilibre est ainsi beaucoup plus facilement projeté vers les épaules tant que les hanches sont un peu hautes et/ou que les pectoraux et l’avant main ne se sont pas encore beaucoup ouverts. 

Ça va généralement mieux après quelques temps et avec un travail qui deviendra de plus en plus régulier, mais il faut parfois composer avec un état physique « semi-biche semi-dahut » pendant quelques temps. 

Le premier équilibre travaillé chez le jeune cheval est ainsi l’équilibre longitudinal, ou comment équilibrer sa charge entre ses 4 pieds :

Le premier objectif, c'est de permettre au jeune cheval d'apprendre à gérer son équilibre. Les premiers exercices que nous lui demanderons sont des transitions qui l'obligeront à organiser son équilibre longitudinal (debourrer en extérieur est pour moi la meilleure chose à faire pour cela).

Sandrine Ratoret, Le Cheval d'Abord, enseignante et cavalière pro
Les premiers montoirs. Image @ Le cheval d'abord

La latéral dans un second temps

Ce n’est qu’après quelques mois et une meilleure maitrise de cet équilibre longitudinal que l’équilibre latéral pourra être abordé. Nous verrons dans la suite de cet article qu’il peut alors être intéressant dans le choix du mors d’avoir un outil qui saura se montrer polyvalent dans le temps ! 

En effet, il est plus simple chez le jeune cheval d’avoir un mors qui facilite les apprentissages dans les deux équilibres (comment le mors peut être intéressant là dessus ?), plutôt que d’avoir à en changer.

Une fois cet équilibre maîtrisé , l'équilibre latéral pourra être appris sur des changements de direction tout en continuant d'aller vers la main / mors (= recherche de la mise sur la main, à ne surtout pas confondre avec mise en main, qui fermerait beaucoup trop tôt l'angle tête/encolure à des chevaux sans musculature adéquate).

Sandrine Ratoret, Le Cheval d'Abord, enseignante et cavalière pro

Lequel ?

La bouche du jeune cheval

Avant d’aller plus loin, parlons un peu « topographie buccale ». 

Les dents commencent à sortir chez le poulain dès la première semaine. Comme chez beaucoup d’autres mammifères, ce sont des dents provisoires qui sortent en premier. Elles seront donc amenées à tomber, entre 1 an et 5 ans environ (+ pour les tardifs..!). Et comme on peut le remarquer, c’est pile par là que se situe généralement le débourrage.

Attention à la sensibilité de la bouche durant la croissance !

La sortie des dents déciduales ou définitives n’est pas forcément un « soucis » en lui-même. Ce qui peut l’être en revanche ce sont les sensibilités ou les douleurs liées à leur éruption. En effet, la gencive peut être mise à rude épreuve durant la percée d’une dent. En outre, cette sensibilité peut être très diffuse, pas forcément localisée là où sort la dent (=transport nerveux). Un apprentissage lié au mors dans cette période doit donc faire l’objet de votre plus grande attention.

Observez votre cheval ! Si vous avez beaucoup de mouvements mandibulaires, s’il secoue la tête, si il est vraiment très instable (genre plus qu’un jeune cheval tout court)…Peut être qu’il se passe quelque chose dans la bouche ! Faites une petite pause dans les apprentissages du contact, privilégiez des activités « sans mors », pour reprendre plus sereinement ensuite.

C’est d’une importance capitale à nouveau, car l’association « inconfort/fatigue/douleur liée à la pousse des dents » = « mors » est très vite faite. Et immensément difficile à désamorcer !

Point quenottes

Mais ce n’est pas tout. La sortie des dents est donc étalée dans le temps et peut rendre la bouche particulièrement sensible. Mais il peu aussi y avoir des soucis liés à la croissance, comme des dents surnuméraires, des dents de lait qui ne parviennent pas à tomber, des repousses anarchiques, des déviations… Encore une fois, un suivi dentaire est in-dis-pens-sa-ble, par un dentiste vétérinaire ou un TDE. Et pour ça, il n’est jamais trop tôt. 

Bon ok, sauf quand y’a pas encore de dents peut-être. Allez.

La belle Iara, sage mais un peu inquiète, pour son premier contrôle dentaire. Image : @Le Cheval d'Abord.

Structures buccales et crâniennes

Pendant cette période, la structure buccale ne va pas beaucoup changer. Elle peut s’épaissir légèrement, les plexus devenir plus volumineux et les arches dentaires s’éloigner l’une de l’autre de quelques millimètres. Ceci n’a aucune incidence au niveau du mors. Si vous en avez choisi un admettons à 3 ans, il n’y a aucune raison pour qu’il ne convienne plus (structurellement, peut-être pas techniquement) à 6 ans ou à 15 ans. De la même manière, vous pouvez choisir un bridon aux mesures de la tête à 3, 4 ou 5 ans. Seules les sutures crâniennes s’ossifient, la forme du crane ne varie que de très peu.

Une fois les dents définitives sorties, votre jeune aura sa « bouche de grand ». Et pour en apprendre plus sur elle, il y a un article de blog dédié. Afin de faciliter à la fois les soins du dentiste et les réglages du mors, je vous recommande aussi chaudement de « toucher » la bouche de votre cheval. Habituez le à ce qu’on lui touche les lèvres, les barres, la langue…Toujours en faisant attention à vos doigts !

Qualité du stimuli

Le jeune cheval a une quantité astronomique de choses à apprendre. Parmi elles, il y a la gestion de son équilibre, du rythme et des nombreux stimuli émanant de l’humain qui subitement se retrouve sur son dos. La priorité ne va donc pas du tout être de gérer des dizaines de stimulations supplémentaires émanant du mors. Ni de chercher des échappatoires à un inconfort. 

Plutôt que de désamorcer une bombe, on va préférer qu’il n’y ait pas de bombe…Du tout !

Voilà l’objectif pour ce « premier mors » : il faut du confort (que l’outil soit immédiatement acceptable et accepté). Et de la clarté (que l’outil ne crée pas trop d’informations ou d’informations parasites). En outre, le mors doit permettre dans le même temps au jeune cheval d’explorer les mouvements mandibulaires qui peuvent lui être utile dans son mouvement. Sans contraintes ! 

On va donc chercher quelque chose qui est à l’équilibre et intriqué dans ce delta de besoins.

Confort

Bon, dit comme ça, ça paraît assez logique. Mais concrètement, le confort est primordial particulièrement chez le jeune cheval. Ceci est dû au fait que l’outil, les stimuli et le contact de manière générale sont des éléments tout à fait nouveaux. Dans les paragraphes précédents, nous avons vu que le jeune cheval a quand même un paquet de choses à faire au niveau de ces apprentissages, mais aussi qu’une erreur peut se payer cher dans le temps. C’est précisément là que se situe l’intérêt d’avoir un outil confortable. 
Pour un mors ça veut dire quoi « confortable » ?
Déjà, ça veut dire qu’à minima, ça suit les structures buccales. Viser dès le départ la bonne taille par exemple, pour éviter d’avoir un mors qui serre aux commissures ou qui au contraire se balade dans la bouche et crée des infos parfaitement inutiles sur son passage (on en reparle un peu plus bas). Ensuite, ça veut dire ne pas restreindre ou contraindre une structure. Et là vous me voyez venir : je parle bien sûr de la langue.
On cherche avant tout du dégagement pour la langue : léger cintrage des canons + épaisseur raisonnable
Mission : clairement pas impossible

Comme vous le savez (car vous avez lu cet article sur les liaisons langue-chaines posturales), laisser à la langue un maximum de sa mobilité, c’est un peu comme le Graal du bit fitting. Là où c’est hyper important chez le jeune, c’est au niveau de l’équilibre. Il est évident qu’on ne recherche pas un équilibre verticalisé et somme toute assez « technique » chez le jeune cheval. Mais on cherche quand même à projeter dans un équilibre un tantinet moins plongeant (là encore si ça sonne chinois, clic sur le lien juste au dessus). 

Au placard donc les mors qui sont trop épais et qui contraignent la mobilité de la langue du fait de leur seule présence. 

Entre 13 mm et 18 mm selon la forme des canons

À titre indicatif, des canons de 16 mm c’est déjà très bien. 18 ça commence à être un peu abusé, mais au dessus c’est carrément contre productif. De la même manière, plus fin que 16 mm c’est aussi possible avec toutefois quelques précautions. À des diamètres de 14, 13 ou 12 mm, on va s’assurer absolument qu’on est pas sur des canons qui soient tout à fait ronds mais présentent un méplat et un cintrage pour mieux distribuer les pressions. Sur des diamètres plus classiques, la forme du canon et son cintrage sont déjà importants. Plus on diminue le diamètre plus ces critères ont de l’importance.

Une dernière info à ce sujet : si vous comptez sortir vos jeunes en concours sur les cycles prévus pour eux, le règlement impose un mors de diamètre 16 mm minimum.

Et c’est précisément ici, à la lecture de ces lignes, qu’il serait bon d’abandonner une bonne fois pour toute cette vieille idée reçue qui consiste à mettre des mors à très gros canons dans la bouche des jeunes chevaux. Et des chevaux, tout court. 

Clarté

Ou comment se faire comprendre rapidement, sereinement et sans ambiguïté ?
 
Le mors c’est nouveau. Ça bouge. Il tourne (phase de rotation à l’angle de travail), il remonte (phase de translation). Même parfois ça bouge plus d’un côté que de l’autre (dissociation latérale). Et tout ça, ça veut dire quelque chose. Tous les mouvements du mors dans la bouche sont des informations, que le cheval va tenter d’interpréter. L’introduction du contact, ça peut être un peu vu comme un jeu d’énigmes : moi cheval, je ressens quelque chose, il y a une intention derrière, je vais mettre en place une série de réponses jusqu’à trouver la bonne. J’ai pas réussi ? Alors je recommence. Et cet apprentissage va en plus durer longtemps !
 
Alors pour éviter les incompréhensions et tenter de rendre ça plus simple, un mot d’ordre : la clarté.
 
Houston, nous n'avons pas de problèmes
Au niveau du mors, ça se traduit par un outil dont les stimuli sont pour l’instant relativement restreints. Ça sert à rien d’émettre beaucoup de messages tout le temps si aucun n’est compris. Au mieux ça crée de la blase, au pire de la frustration. Dans les deux cas, c’est pas bon en termes d’apprentissages. En plus de ceci, on va devoir chercher un peu de stabilité, sécuriser le contact. Ceci pour que, comme nous l’a expliqué Sandrine plus haut, notre jeune ait envie de venir vers la main.
À ces deux effets, les mors droits et les simples brisures sont les champions. Ils ont pas où très peu de mouvements et d’amplitude latérale, ce qui les rend généralement assez stables en bouche. Plus haut je vous parlais de la polyvalence de l’outil à garder en tête : c’est ici qu’elle va orienter notre choix entre mors droit et simple brisure. 
Val (avec qui t'as plutôt intérêt à être précis) . Image @ Blooming Riders
Un droit ou un simple ? ...
Comme on l’a vu plus haut, le premier objectif une fois à cheval, avec le poids et l’équilibre du cavalier c’est de tenter d’équilibrer son cheval sur ses 4 pieds. Dans cette recherche d’équilibre longitudinal, la dissociation latérale n’a pas vraiment d’intérêt. Au départ donc, un mors droit peut totalement faire le job, tout en se révélant être hyper sécurisant. C’est une fois qu’on entre sur le sujet de l’équilibre et des actions latérales qu’il devient un peu moins pertinent. Sur un cheval ayant plus d’expérience, l’absence de dissociation d’un droit peut se compenser aisément par des actions mieux dissociées : jambes, poids du corps, regard. Mais sur un jeune, on a pas toujours tout à fait la perméabilité nécessaire pour compenser.
C’est ici qu’un mors simple brisure se révèle être un bon choix stratégique ! Non seulement il sera plus aisé de commencer à travailler le latéral avec, mais il peu aussi tout à fait convenir au travail de l’équilibre longitudinal. Ce qui en fait un outil bien plus polyvalent.
 
Bonus : les mors simple brisure autobloquants. Ils ont l’avantage de conserver la dissociation latérale du simple brisure, tout en « devenant » des mors droits si jamais le mouvement outrepasse un certain angle. Attention : les double brisure autobloqués n’ont pas la même cinématique, je ne les recommande pas pour cet usage.
...ou un double ?
 À noter : si votre contact est très stable et/ou votre cheval particulièrement curieux et « facile » dans ses apprentissages, rien n’empêche de démarrer par un double brisure ! Il faut simplement garder en tête qu’ils fournissent beaucoup de mouvements et donc une gamme de codification plus étendue. Chez certains chevaux c’est « trop d’un coup », chez d’autres ça passe. 

Question de tempérament !
 

Les matériaux : les plastiques, c'est pas toujours fantastique

On aurait tendance à penser que si l’on est sur un matériau « doux », mou, souple… Beh ça va nous être utile pour se rendre sympa ! Et ben devinez quoi ? On aurait pas forcément raison.
Encore une question de clarté du message

Pour comprendre, faisons un petit exercice. 

  1. Grâce à votre ongle, pressez une surface dure (une table par exemple). Sentez le point de contact entre votre ongle et la surface. Repérez vous ce point de contact facilement ?
  2. Maintenant, même exercice mais cette fois-ci pressez votre ongle sur un coussin ou un bloc de mousse. Même question que précédemment. Est-ce toujours aussi net ?
  3. Enfin, pressez pour terminer la pulpe de votre doigt dans un coussin ou un bloc de mousse. Le point de contact est quasiment impossible à repérer n’est-ce pas ?
Ce petit exercice (très généraliste et donc à prendre avec moult pincettes, c’est pour visualiser !) nous permet de constater une perte de la précision de contact. La langue étant elle même un matériau mou, si l’on ajoute un autre matériau mou…Alors même qu’on a augmenté la surface de diffusion (avec un mors adapté !)…Et bien on perd un peu en précision de contact. Bon, dans le cas de notre jeune cheval c’est peut-être pas hyper grave, mais c’est quand-même un aspect à prendre en compte.
"Mors en plastique ? Je suis sceptique"
Attention à l'encombrement du mors !

Ensuite – et c’est là le vrai sujet finalement – on va pas se le cacher, les mors en résines et autres polymères plastiques, les mors recouverts de cuir et compagnie… Beh c’est bien souvent bigrement épais ! Et si vous avez bien lu les paragraphes précédents, c’est pas forcément le mieux à faire.

Au final et perso, je préconise plutôt des matériaux métalliques. D’une part, on connaît pour la plupart leur absence de biodisponibilité, d’autre part les usinages ou moulages permettent la création de sections plus complexes, avec un plat la plupart du temps pour répartir la pression. Pour se rendre agréable, on pourra se tourner par exemple vers des matériaux métalliques qui montent à la température du corps ou qui misent sur leur extrême légèreté, comme par exemple le titane.

Et les anneaux ?

Sur ce sujet, ce sont les mors à aiguilles qui dominent le game de l’univers « jeune cheval » depuis des années. Et pour cause : l’aiguille, en ayant un appui externe sur les lèvres, créé un stimuli supplémentaire, bien utile dans les premières flexions latérales de la tête. C’est un peu plus encadrant. Ces anneaux permettent généralement au cheval de bien comprendre certaines actions latérales, comme les rênes d’ouverture. 

En fait beaucoup d’anneaux fixes peuvent matcher pour la même raison, comme les olives, verduns, spatules, fulmer…

Anneaux à aiguilles
Anneaux fixes ?
En revanche, les anneaux fixes ont tendance à « retarder » légèrement l’action de « rendre ». J’en ai parlé brièvement plus haut, quand vous prenez vos rênes, le mors :
  1.  Bascule (rotation)
  2. Remonte dans la bouche, le long de la langue (translation)
En quelques fractions de secondes et une fois ces deux mouvements effectués, l’embouchure est dans une position dite « de travail » et agissante. Lorsque vous rendez le contact, par exemple à là suite d’une réponse adéquate du cheval. L’embouchure va effectuer le chemin inverse. Soit partiellement, soit totalement en fonction de vos actions de main. Sur ce chemin inverse, les anneaux fixes sont un peu moins performants que leurs cousins les anneaux libres. 
Cette différence s’explique par le fait que lors de la rotation, la totalité du mors doit tourner, embouchure + anneaux, car tout est « accroché » ensemble. Il faut donc que l’axe de l’embouchure ait fini de tourner ET que les anneaux soient revenus à leur position neutre. 
Ce qui fait perdre un peu de temps et peut « brouiller » les actions.
Anneaux libres ?

Inversement, les anneaux libres ont plus « d’immédiateté ». Le fait que l’embouchure soit indépendante des anneaux, entraîne un retour en position neutre quasiment instantané. Cette petite différence n’a l’air de rien comme ça, mais elle peut se révéler réellement importante chez certains chevaux. En outre, cette indépendance entre anneaux et embouchure permet également au cheval de bouger légèrement l’embouchure avec sa langue une fois que le mors est dans sa position de travail. Et ça, c’est aussi une petite différence qui peut, justement, faire la différence.

Vous l’aurez compris, ma préférence va de manière générale aux anneaux chantilly. Ils ont certes moins d’encadrement latéral mais sont plus polyvalents. Et en plus, si on se débrouille bien, l’encadrement peut directement être obtenu grâce à la partie en bouche. Par exemple avec un cintrage prononcé des canons.

Bonus : les anneaux type fulmer, rassemblant un épaulement à aiguilles + des anneaux libres.

Quelques "bons" starters

Comme dans Pokémon (salut les kids des 90’s), pour démarrer votre aventure, je vous donne ici quelques bons starters. Il y a un peu toutes les gammes de prix, comme ça chacun peut s’y retrouver.

Je ne donne pas de recommandations particulières. Mes chouchous sont les Bombers Happy Tongue titanium, Snaffle Comfy titanium, Snaffle Lock-up titanum et le Neue Schule Demi-anky, en anneaux libres. Pas pour leur jolie couleur mais parce que j’ai beaucoup de recul sur leur usage et qu’ils couvrent bien beaucoup de profils de chevaux différents. Je ne connais pas ou peu les autres, mais ils semblent correspondre aux critères dont on a parlé jusqu’ici. Le mieux pour choisir un mors sera toujours de l’essayer. Comme ça on est au moins sûrs de la taille. Quelques boutiques permettent de louer les mors avant de les utiliser, ce qui est une pratique que je vous recommande chaudement si vous êtes en autonomie.

Passez la souris ou cliquez sur l’image (smartphone/tablette) pour voir le nom.

Notes très importantes
  1. Essayez, le plus possible, de ne pas varier souvent de mors ! Encore une fois, votre jeune cheval a plein de choses à découvrir, d’ajustements à faire, de réponses à chercher…Si vous changez d’outils tous les 4 matins, c’est pas cool pour lui.
  2. Si vous utilisez un mors simple brisure, vérifiez toujours la stricte symétrie des canons ! Un post en parle dans la catégorie « Zoom sur… », je vous invite à aller le lire avant tout achat.
  3. Vous hésitez entre deux designs ? > Choisissez toujours la sim-pli-ci-té.
  4. Bien évidement, la liste des starters ci-dessous n’est pas du tout exhaustive.

Encore et toujours : les réglages !

Attendez !

Avant de partir, on va parler quelques minutes des réglages. Il suffit en effet d’un mauvais réglage pour que tous vos efforts déployés soient finalement réduits à néant. Avouez que ce serait dommage ! L’article dédié aux réglages du mors vous attend dès maintenant pour la cerise sur le gâteau.

Tout est prêt pour que l’apprentissage du mors et du contact se passe de la meilleure manière possible pour votre cheval. Bravo et merci d’être arrivé(e)s jusqu’ici ! Maintenant : y’a plus qu’à 🙂

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Assurez-vous simplement que la question n'a pas été traitée dans le dossier 😉

Auteur

Ergoequine

Cet article a été écrit par Laetitia Ruzzene et appartient au titre des droits d’auteurs au site https://www.bit-fitting.fr. Les textes contenus dans cet article peuvent être partagés ou réutilisés dans la mesure de la mention de son auteur ainsi que de l’origine de l’article (lien URL direct de cet article !). L’utilisation et le partage des sections rédigées par Pauline Barbier, Sandrine Ratoret, Chloé Vic et Clio Marshal sont strictement interdits.

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