Il est assez rare de me voir composer des billets d’humeur mais ça sera un peu le cas. Le thème d’aujourd’hui c’est cette phrase que je n’en peut plus d’entendre ; même à toute petite dose, même une fois de temps en temps.

Étant une personne qui aime la science et la technologie et qui essaie de faire justement changer des illogismes parfois traditionnellement bien ancrés ; cette phrase me file personnellement du psoriasis.

On a toujours fait comme ça ? Et si justement c’était ça le problème ?

Se faire conseiller = être un gros nullos ?

Est-ce que les personnes qui font appel à un conseiller en ergonomie équestre sont nuls ? Est-ce que les pros qui font de même sont des flans ? Est-ce que ça signifie qu’ils n’y connaissent pas grand chose (ou pas suffisamment) pour équiper convenablement leur cheval ? Ou les chevaux de leurs élèves ? Est-ce que ça veut dire que toute leur expérience de cavaliers ils n’ont fait que des erreurs ?

La réponse à toutes ces questions est : NON.

En fait, en séance, des gens vraiment nuls on en croise pas beaucoup. Déjà parce-que “nul” reste à définir. Mais surtout, se poser la question de l’impact matériel c’est une certaine forme de questionnement et que se poser des questions ça fait avancer. Ça, ça concerne n’importe quel cavalier un peu conscient de l’impact de l’environnement de son cheval, sur son cheval d’ailleurs. Quant aux pros, aux sportif, notre venue est souvent le fruit de réflexion sur la préparation physique et l’amélioration de la performance. On est d’accord que c’est loin d’être con aussi.

En fait, les cavaliers – quelle que soit leur catégorie – font même souvent appel à un conseiller car ils ont testé plein de trucs et qu’ils ne s’y retrouvent pas. Ou alors qu’ils ont une piste mais qu’il faudrait l’approfondir. Ou parce que le budget que ça demande est pas là. Bref, il y a bien de la réflexion, parfois longue, parfois compliquée ; là dessous. Et comme en plus tout est lié, ça demande un recul global sur la situation et toutes les compétences transverses que ça implique.

Et moi, perso, les gens qui réfléchissent bah je préfère.

L'empirisme et la méthode

À l’époque où il y avait le choix entre 5-10 designs d’embouchure anneaux compris (la double brisure par exemple date des années 80 seulement, je le rappelle) ; c’était pas si compliqué. Il suffisait de tester une panoplie restreinte d’outils, de faire des observations, de retenir l’outil présentant le plus d’avantages. Et pourquoi pas d’en tirer des liens entre les problématiques des différents chevaux (dont le type et l’usage étaient aussi bien plus restreints qu’actuellement).

Les années 90-2000 arrivent, la pratique de l’équitation se démocratise et avec elles son lot de diversification des outils. À travers le temps se sont dégagées des “templates” comme je l’évoque au dessus. Ce type de mors peut aller dans telle ou telle situation ; celui-ci dans celle-ci, etc… On est dans l’empirisme pur et dur : essais, observations = conclusions. C’est à dire que même les Grecs, quand ils se sont rendu compte que les mors en bronze empoisonnaient leurs chevaux ils ont décidé d’en changer. Action, réaction quoi. 

Ça marche très bien, tant mieux ; ça ne marche pas : on tente autre chose. 

D’ailleurs, tous les enseignants d’équitation de plus de 35 ans ont ces mêmes particularités dans la formation de leur savoir. À une certaine époque on ne parlait pas de sciences cognitives, de méthodes d’apprentissages pour former des élèves. Est-ce que l’on apprenait moins bien ? Est-ce que la qualité des apprentissages était médiocre ? Je ne le pense pas (enfin, du moins pour les années où j’ai eu des enseignants normaux qui ne lançaient pas des enfants à cru dans un cross…true story). Bon, après ça j’ai eu un enseignant qui trimbalait une canne siège partout et c’était bizarre aussi, mais c’est un autre sujet.

Bref, c’est pas mieux, c’était pas moins bien. On a juste plus d’outils aujourd’hui à mettre au service de ces apprentissages. Autant aller se servir !

@ Yoan Lureault : https://yoan.eu/

La question matérielle EST compliquée

En gros, on a des gens à cheval depuis très longtemps, des savoir qui proviennent d’une longue expérience des différents acteurs de l’équitation. Même si l’on peut voir des choses vraiment aberrantes en séance (on est toujours pas chez les bisounours) ; dans la très grande majorité on a des choses pas déconnantes mais qui peuvent être améliorées.

Le fait est que aujourd’hui, on a beaucoup plus de possibilités, plus de fabricants, bien plus de design, énormément de choses développées grâce à la technologie et à la science. Exit les 10 types de mors différents. Les matériaux ont évolué, les designs, les formes, les procédés de fabrication… Pour ne parler que de mors (mais c’est le cas aussi sur la briderie et sur la selle) on a de nos jours des possibilités de combinaison qui sont des nombres à exposants !

Pour vous donner un exemple très personnel, je travaille actuellement avec 2 marques d’embouchures. Ces partenaires ont été choisi sur des critères importants pour nous chez Ergonomie Équestre : environnement, provenance, sécurité, conditions de fabrication et de distribution, qualité, prix, besoins, etc… C’est déjà des critères de tri. 

Mais : 2 fabricants = 32 300 combinaisons possibles environ, pour 2 fabricants seulement !

Ha oui, j’ai oublié de préciser que c’est sans les options négociables et seulement les mors de filet ! Ouais, je sais, ça fait transpirer (poke à ma collègue Sandrine quand elle a vu la tronche des références). Et ce qui fait encore plus transpirer, c’est que on augmente ce chiffre à chaque possibilité de combinaison avec un bridon (parce que il fait totalement parti de l’équation) + de rênes.

Donc, qu’est-ce qu’on fait ? On teste des milliers de combinaisons ? On fait comment pour trier et choisir ? On reste comme ça même si c’est pas une solution idéale ?

Ouais, de ouf

Est-ce que l'on a crée un besoin ?

Pardonnez-moi mais c’est là que j’entre en scène, soit la réponse aux questions précédentes.

L’émergence du conseil en ergonomie équestre (attention, je ne parle que de ce terme et comment on le pratique chez Ergonomie Équestre puisque c’est ma méthodo) ça n’est donc pas la création d’un besoin : c’est sa réponse. Par ailleurs, l’ergonomie ça n’a rien de nouveau et c’est juste absolument PARTOUT autour de nous, dans le moindre objet qui compose notre environnement. Proposer ces solutions matérielles, s’interroger sur le bien fondé d’un outil ou d’un autre ; c’est prévenir et protéger. Et de mon point de vue ; il était temps que l’équitation s’y mette. Bon, tous les pros ne se valent pas, toutes les méthodos de travail ne se valent pas MAIS ont au moins le mérite d’exister. 

On a par exemple toujours pensé et dit et appliqué que les mors épais étaient plus doux et plus adaptés aux jeunes chevaux. Aujourd’hui on sait que ça n’est non seulement pas le cas ; mais qu’en plus c’est plutôt très contre-productif. Est-ce que maintenant qu’on sait que dégager la scapula de sous la selle permet de libérer toute la mécanique de l’épaule, on va continuer à la bloquer dessous ?

Alors certes “on a toujours fait comme ça” (bim, plaque de psoriasis) mais est-ce que maintenant qu’on sait ça on va continuer ?  

De nos jours donc, l’offre est monstrueusement étendue ET il vaut mieux se lever tôt pour en apprécier tous les paramètres. Perso, ça fait des années que je suis en contact avec les questions de l’impact matériel et de l’ergonomie et j’y consacre la totalité de mon temps de travail depuis 2 ans. 

Mon job, en fait, c’est d’évaluer des milliers de paramètres physiques dans un maximum de combinaisons, de les trier, de les tester, de les organiser pour vous faciliter la tâche. Tout “simplement”.

Se poser des questions, c'est plutôt bien

Ce “on a toujours fait comme ça” ou “avant ça n’existait pas et pourtant” induit un refus de changer, de s’interroger et peut être de mieux faire. Et ça, quel que soit le domaine, ça m’a toujours beaucoup gêné. Mais ça me gêne d’autant plus quand ça sort de la bouche de personnes qui côtoient et/ou travaillent avec les chevaux. Le “vivant” est par essence mutable et changeant et les dogmes inflexibles y sont par ailleurs très susceptibles d’y générer des dégâts. 

Nous arrivons dans une époque où la société s’interroge sur ce vivant, sur les animaux et sur leurs droits et c’est une très bonne chose. Ça veut aussi dire que l’on va nous demander très frontalement pourquoi on monte à cheval mais surtout “comment” est-ce qu’on le fait. Et la réponse ne va pas pouvoir être “comme on l’a toujours fait”. En revanche : “en s’assurant au maximum du respect de l’intégrité morale ET physique du cheval” est une réponse bien plus acceptable, je pense. 

Bref, mis à part les quelques rares “””pros””” (je met beaucoup de guillemets, du coup) qui auront compris comment se faire un billet sur votre dos ; on est tous là pour vos chevaux, pour vous et plus largement pour la cause animale. Et jamais se poser des questions, apporter de nouveaux éclairages sur ses acquis et ses connaissances ne devrait être considéré comme problématique ou comme un gage d’ignorance. Plus vous en savez et mieux les chevaux se portent ! 

Si demander conseil et apprendre de nouvelles choses sur le matériel d’équitation et son usage est une preuve de votre nullité… 

Alors soyez des GROS NULS !!

Laetitia Ruzzene

Laetitia Ruzzene

Cet article a été écrit par Laetitia Ruzzene et appartient au titre des droits d’auteurs au site https://www.bit-fitting.fr. Les textes contenus dans cet article peuvent être réutilisés ou distribués dans la mesure de la mention de son auteur ainsi que de l’origine de l’article (lien URL direct).

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